Gignac-la-Nerthe

Posté le 12 juin 2016 | Commentaires fermés

Georges Carnus, pour l’amour du football

Parmi les rencontres qui jalonnent notre existence, certaines sont plus marquantes que d’autres, et celle avec Georges Carnus restera pour moi comme un beau moment de convivialité et de partage.Gardien de buts des Verts, de l’OM et de l’équipe de France, protagoniste bien malgré lui de l’affaire «Carnus-Bosquier» qui défraya le petit monde du foot en 1972, Georges Carnus fait assurément partie intégrale de l’histoire, voire de la légende, du football Français. Né à Gignac dans la maison familiale de Figuerolles le 13 août 1940, c’est en toute simplicité qu’il a accepté d’évoquer pour nous les faits marquants de sa riche carrière.

 

Calanques : Bonjour Georges, et merci d’avoir effectué le déplacement pour nous rencontrer dans ce lieu chargé de souvenirs (la mairie de Gignac). Que faites vous aujourd’hui ?

Georges Carnus : Effectivement, lorsque mon grand père Laurent Carnus était secrétaire de mairie et habitait eu dernier étage, je glissais sur cette même rampe d’escalier qui n’a pas changé depuis le temps. Et c’est là, sur la place de la mairie, contre le mur (la fontaine n’existait pas encore) que je gardais mes buts lors des parties avec les copains. Aujourd’hui, je suis bien entendu retraité et j’habite Nice, mais je conserve toujours un job de détection à l’A.S. Monaco. Je vais voir les jeunes footballeurs de 13 à 16 ans dans les clubs amateurs, et nous intégrons les meilleurs au centre de formation de l’ASM. C’est une chance extraordinaire pour moi de pouvoir garder le contact avec le football. Ma plus grande satisfaction est de voir un de nos jeunes passer professionnel.

 

Calanques : Justement, quel regard portez vous sur le football actuel ?

Georges Carnus : Cela n’a plus rien à voir avec ce que j’ai connu. Les joueurs s’entraînent deux fois plus, ils ont compris que pour percer ils doivent être les meilleurs. C’est à la fois bien et mal, ils sont vite déphasés par ce qu’ils vont gagner. Le mot respect a été effacé de la vie, et du foot en particulier. Ils ont des agents pour leur trouver des clubs, des contrats, un appartement…

Moi qui étais un simple ajusteur, j’ai passé 14 ans en pro, j’ai visité tous les pays, vécu une aventure extraordinaire. Quand nous avons gagné la coupe de France avec l’OM en 1972, Opel avait prêté (!) à chacun d’entre nous une voiture pendant 1 an, avec notre numéro sur la plaque d’immatriculation et l’équivalent de 1000 litres de carburant !

 

Calanques : Un meilleur souvenir à évoquer de cette riche carrière ?

Georges Carnus : Pas un, mais plutôt deux. Tout d’abord à St Etienne, en coupe d’Europe contre le Bayern de Munich. Nous perdons 2 buts à 0 chez eux au match aller. Dès le coup de sifflet final, notre entraineur Albert Batteux nous dit d’un ton assuré : on n’en a pas pris 5, alors on va se qualifier chez nous… chose faite deux semaines plus tard sur le score de 3 à 0.

Le second c’est à Marseille, lors d’une demi finale de coupe de France contre Reims, on avait fait 0-0 là bas, et on finit 1-1 après prolongations. Vient l’épreuve des tirs au but : j’en arrête 2, ils mettent le 3ème sur la barre et on se qualifie. Tout le Vélodrome scandait mon nom.

 

Calanques : Et le plus mauvais ?

Georges Carnus : Je jouais encore au Stade Français, et lors d’une rencontre contre Bordeaux, chez eux sur un terrain gorgé d’eau, j’en prends 10 ! C’est la plus grosse gifle que j’ai jamais reçue !

 

Calanques : Vous avez également du côtoyer de grands joueurs lors de votre carrière ?

Georges Carnus : Pour ma première sélection en équipe de France, nous avons rencontré le Brésil à Colombes. Ce fut un très beau match que nous avons perdu 3 buts à 2, tous marqués par Pelé qui était un véritable phénomène. J’ai aussi joué contre Cruyff, Eusebio, Beckenbauer, Muller, ainsi qu’avec Skoblar et Magnusson à l’OM.

 

Calanques : Des regrets ?

Georges Carnus : Je disais pour plaisanter à mes parents qu’ils auraient du me faire 40 ans plus tard. Mais si c’était à refaire, je referais la même chose. J’ai débuté à Marignane dans mon club formateur, puis à Aix en 2ème division. Je suis ensuite passé au Stade Français pendant 5 ans où j’ai été international la première année, puis St Etienne et enfin l’OM, c’était ce qui se faisait de mieux à l’époque.

 

Calanques : Justement, l’OM ?

Georges Carnus : Quelle honte ! Marseille est une grande ville de foot avec un fantastique public. Il va falloir trouver le bon repreneur pour relancer le club.

 

Calanques : L’Euro débute dans quelques jours. Un petit mot sur les Bleus et la sélection de Didier Deschamps ?

Georges Carnus : Il ne pouvait pas faire autrement que d’aligner cette sélection, même si je pense que Ben Arfa avait sa place. J’espère que la France ira au bout, mais je vois bien la Belgique, qui a de bons joueurs évoluant dans de grands clubs.

 

 

Palmarès de Georges Carnus

4 titres de Champion de France : 1968-1969-1970-1972

3 Coupes de France : 1968-1970-1972

36 fois international

 

Et l’affaire « Carnus-Bosquier » éclata !

En mai 1971, à cinq journées de la fin du championnat, l’ASSE mène le championnat, proche d’empocher son 5ème titre d’affilée. Mais le contrat à vie jusque là en vigueur (les joueurs étaient liés à leur club jusqu’à 35 ans) vient de laisser la place au contrat à temps. Le bruit court alors que Georges Carnus et Bernard Bosquier ont été approchés par l’Olympique de Marseille, rival déclaré de l’ASSE. Ne faisant ni une ni deux, le président Roger Rocher licencie alors sur le champ ses deux joueurs en évoquant la faute grave. L’ASSE perd finalement le titre au profit de l’OM qui terminera avec 4 points d’avance, perdant aussi ses deux joueurs vedettes qui partent pour la Canebière. Une « affaire » qui tiendrait lieu aujourd’hui d’anecdote de cour de récréation !

 

 

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