Portrait : Serge Piro

Posté le 12 septembre 2012 | 0 Commentaires »

Portrait : Serge Piro, le dernier pêcheur

Cela aurait pu être le titre de la dernière production hollywoodienne en vogue, mais c’est malheureusement la réalité économique et la difficulté du métier qui font aujourd’hui de Serge Piro le dernier pêcheur de Carry le Rouet encore en activité. Rencontre avec un homme passionné, dont le regard brille au-delà de l’horizon lorsqu’il nous parle de son métier.

L’histoire commence en août 1962, à l’heure de l’indépendance de l’Algérie. Déjà pêcheurs outre Méditerranée, la famille est contrainte comme beaucoup d’autres à l’exode, et c’est avec le « Saint Antoine », le bateau du grand père, qu’ils arrivent à Carry le Rouet où ils décident de s’installer. A l’époque, une trentaine de pêcheurs exerçaient leur activité à Carry, et le petit Serge attrapa rapidement le virus, tant et si bien que le bateau du grand père fut rapidement sa seconde maison « Tout petit, j’avais une grande complicité avec mon grand-père, qui m’emmenait en pyjama sur le bateau. Je ne savais pas encore marcher que je tenais déjà la barre » s’amuse à raconter Serge. Entre-temps, le « Notre Dame du Rouet », un bateau de 15 mètres, avait remplacé le « Saint Antoine » arrivé en fin de service. Bien évidemment, l’école n’était pas la priorité du bambin, qui délaissa la filière classique durant son année de 4ème pour  se diriger vers l’école de la marine Marchande de la Pointe Rouge « Je savais ce que je voulais faire depuis la maternelle, et lorsque l’instituteur me réprimait pour mes notes, ma réponse était toujours la même : ce n’est pas grave, quand je serais grand, je serais pêcheur » raconte-t-il encore avec le sourire. Sorti major de sa promotion, il refusa de céder aux sirènes de la S.N.C.M. dont le directeur en personne était venu le chercher, pour enfin toucher du doigt son rêve et embarquer en 1986 pour sa première saison de pêche aux côtés de son père Christian.

 

Un métier difficile et exigeant

Aujourd’hui, depuis la retraite du papa en 1992, Serge est seul maître à bord et continue contre vents et marées de perpétrer la tradition familiale, jetant malgré tout un regard lucide sur la profession « C’est un métier exigeant, et il y a un manque de vocation chez les jeunes » affirme Serge. Il faut dire que les journées sont rudes, surtout pendant la saison d’hiver (du 15 novembre au 15 mars) : départ le matin du port vers 1h30, arrivée sur la zone de pêche 45 minutes plus tard, levée des filets jusqu’à 7h30 et retour au port pour la vente du poisson jusqu’à 10h00. Vient ensuite le moment de la pause repas, avant un nouveau départ vers 13h30 pour aller caler les 4 kilomètres de filets, et ce jusqu’à 18h tous les jours de beau temps. Au mois de mars, petite pause dans la saison avec l’entretien et le carénage des bateaux avant d’attaquer la saison d’été. C’est le moment de la pêche côtière qui court de la mi-avril à la mi-novembre, le mois d’août étant quant à lui réservé au thon. « L’hiver nous n’avons aucune vie de famille, mais l’été j’ai pris l’habitude de laisser le bateau à quai du samedi après-midi au lundi matin » confesse Serge qui pourtant ne changerait son existence pour rien au monde. « La surpêche et la pollution ont également des effets néfastes sur le poisson, tant et si bien qu’il devient de plus en plus difficile de rentabiliser le matériel » affirme-t-il par ailleurs.

 

La passion comme moteur essentiel

Alors, malgré toutes ces contraintes et la difficulté du métier, qu’est ce qui fait encore avancer Serge aujourd’hui ? « La passion me fait continuer, c’est comme cela et ça s’explique difficilement. Mon grand-père a pêché jusqu’à 82 ans, mon père a pris sa retraite à 55 ans mais a continué de m’accompagner de temps en temps jusqu’à l’âge de 67 ans. J’ai encore 11 ans à faire avant d’atteindre l’âge de la retraite, mais je continuerai toujours à pêcher. Il y a tous les jours quelque chose de nouveau à voir ou à découvrir en mer » affirme Serge. Quant à l’avenir, il l’envisage avec un bateau plus petit, moins de filets, une consommation de gas-oil moindre et sans matelots : beaucoup moins de frais en l’occurrence afin que la profession reste malgré tout rentable. Et depuis l’été 2008, Serge possède un des rares bateaux sur la côte méditerranéenne autorisé à pêcher le thon rouge avec un quota individuel. Alors, comment se passer de ces moments magiques découverts récemment, lorsque la ligne commence à chanter en rendant des dizaines de mètres de fil au mastodonte en train de sonder sous la coque !

 

 

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